Il existe aujourd’hui une multitude d’endroits qui promettent du bien-être. Des lieux au design impeccable, aux mots soigneusement choisis, où l’on parle de slow life, de reconnexion à soi et de sérénité autour d’un latte végétal parfaitement instagramable. Pourtant, il suffit parfois de quelques minutes de conversation pour comprendre qu’un lieu a été pensé pour autre chose que son image.
J’ai rencontré Anita, la fondatrice du lieu Enso Bien-Être, à l’occasion de portes ouvertes qu’elle a organisé pour l’ouverture de la partie « coffeeshop ». Il y a beaucoup de va-et-vient, des clientes et des amies qui sont heureuses de découvrir ce nouvel espace. Je ne connais pas encore Anita mais je vois bien qu’elle est un peu stressée. Elle me souffle : « Ce n’est pas comme cela d’habitude. C’est beaucoup plus calme. Et moi, j’aime ça… Le calme ! » Elle parle vite, passe d’une idée à l’autre, évoque les transitions de vie, les femmes qu’elle accompagne, la créativité qui l’empêche de s’ennuyer, les bowls qu’elle imagine la veille au soir et même son amour assumé pour les beaux packagings.
Au fil de la discussion, je me rends compte que cet endroit dans lequelle elle m’a invité, n’est pas seulement un coffee shop bien-être. C’est l’aboutissement d’un parcours de vie entier !

Avant Enso Bien-Être, le besoin de créer un lieu
Quand Anita ouvre son premier centre thérapeutique à la fin de l’année 2016, l’idée ne vient pas d’une mode autour du développement personnel ou du wellness. Elle vient d’un besoin beaucoup plus profond et beaucoup plus ancien : celui de créer un espace.
“Je voulais un lieu”, me dit-elle presque immédiatement. “J’aurais pu créer autre chose. Une pouponnière, un espace associatif… peu importe. Mais je savais que je voulais un endroit où les gens puissent venir.”
Cette phrase résume déjà beaucoup de choses. Car avant de devenir praticienne bien-être, Anita a travaillé pendant trente-cinq ans dans la relation clientèle. Un univers très éloigné, sur le papier, des soins thérapeutiques ou de l’accompagnement émotionnel. Pourtant, lorsqu’elle parle de son ancien métier, les similitudes ressortent.
Pendant des décennies, elle a observé les gens, accueilli leurs demandes, appris à écouter ce qu’ils ou elles ne formulaient pas toujours clairement. Et quelque part, son activité actuelle prolonge cette même capacité d’attention.
Il y a une dizaine d’années, Anita décide pourtant de tout remettre à plat. Comme beaucoup de personnes qui changent de voie après une longue carrière, elle traverse cette période étrange où l’on sent qu’il faut bouger sans savoir exactement vers quoi.
“Je me suis dit que je pouvais peut-être aussi devenir praticienne”, raconte-t-elle. “Et je me suis demandé ce qui me parlerait vraiment.” Ce questionnement va progressivement l’amener vers des pratiques encore peu connues du grand public.
Luxopunture et Dien Chan : des approches thérapeutiques encore discrètes en Bretagne
Aujourd’hui, Anita accompagne principalement des personnes traversant des périodes de transition : ménopause, burn-out, stress chronique, séparation, fatigue émotionnelle, reconstruction après un cancer du sein ou simplement moments de vie où l’on sent que quelque chose doit changer sans réussir encore à mettre des mots dessus.
“Les transitions de vie, c’est vraiment ce qui m’intéresse”, explique-t-elle. “Ces moments où l’on comprend que plus rien ne sera exactement comme avant.”
Pour accompagner ces passages parfois difficiles, elle s’est formée à plusieurs techniques spécifiques, notamment la luxopuncture et le Dien Chan, une forme de réflexologie faciale vietnamienne.
La luxopuncture repose sur la stimulation de points réflexes grâce à un dispositif infrarouge, fonctionnant sur certains principes proches de l’acupuncture mais sans aiguille. Le Dien Chan, lui, utilise des outils métalliques permettant de travailler différentes zones réflexes du visage.
Dit comme cela, le sujet pourrait rapidement devenir très technique ou ésotérique. Pourtant, Anita en parle avec beaucoup de simplicité. Elle ne cherche jamais à impressionner ni à promettre des miracles. Ce qui l’intéresse, c’est le concret : le sommeil qui revient, l’anxiété qui s’apaise, les compulsions alimentaires qui diminuent, les femmes qui retrouvent peu à peu une sensation d’équilibre dans des périodes où leur corps et leur esprit semblent parfois leur échapper.
Et surtout, elle insiste sur une idée essentielle : rien ne se transforme réellement en une seule séance. “La séance ponctuelle apporte surtout de la détente. Mais le vrai travail se fait dans le suivi.”
Cette notion de temps revient constamment dans sa manière de travailler. Chez elle, l’accompagnement ressemble davantage à une relation de confiance progressive qu’à une prestation consommée rapidement.

Oddity, ou la naissance inattendue d’un collectif
Au fil des années, certaines clientes commencent à créer avec Anita un lien particulier. Parmi elles, une femme qu’elle accompagne pendant longtemps et qui, au moment de mettre fin aux séances, lui avoue qu’elle ne se sent pas capable de “couper le cordon” aussi brutalement. Plutôt que de prolonger artificiellement les consultations, Anita lui propose simplement d’aller marcher : « Si tu veux, on va marcher ensemble et je vais t’apprendre la marche afghane.”
De cette proposition très spontanée va naître Oddity.
Au départ, quelques personnes seulement rejoignent ces marches et ces ateliers. Puis un noyau fidèle se forme progressivement. Aujourd’hui encore, le groupe fonctionne presque comme un laboratoire humain et créatif où les participantes acceptent souvent de ne pas savoir exactement ce qu’elles vont vivre.
“Je leur ai demandé de me faire confiance sans connaître le programme”, raconte Anita en souriant.
Ateliers sensoriels, temps de parole, expériences collectives, marches, moments de réflexion… chaque rencontre est pensée comme une expérience vivante plus que comme une activité de développement personnel classique. Et lorsque je lui demande si elle parvient encore à trouver de nouvelles idées après toutes ces années, sa réponse fuse : “Tant que j’aurai des idées, je serai vivante !”
Pourquoi transformer un lieu thérapeutique en coffee shop ?
Quand Anita déménage son activité du Faou à Plougastel-Daoulas il y a un peu plus de deux ans, une réflexion importante commence à émerger. Son activité fonctionne principalement sur rendez-vous. Résultat : le lieu reste souvent fermé. Beaucoup d’habitant·es ignorent même son existence : “Les gens me disaient qu’ils ne savaient jamais quand j’étais ouverte.”
Petit à petit, elle comprend qu’un lieu ne peut pas vraiment vivre s’il reste invisible. Mais au lieu d’ouvrir simplement une boutique classique, elle cherche une idée cohérente avec son univers. L’idée du coffee shop apparaît alors.
Pas un café bruyant ni un espace branché construit uniquement pour les réseaux sociaux. Plutôt un endroit où les gens pourraient venir s’installer tranquillement, boire quelque chose de bon, déjeuner sainement, travailler un moment ou simplement ralentir. Bref : un espace refuge.
Une cuisine pensée comme un terrain de création
Chaque matin, Anita va chez le primeur puis imagine les assemblages qu’elle proposera dans ses bowls et ses salades. Ici, il n’y a pas de carte figée ni de menu répétitif construit des mois à l’avance : “Le soir, je réfléchis aux associations que je pourrais faire le lendemain.”
Ce qui l’intéresse visiblement, ce n’est pas seulement le côté sain de l’alimentation, mais surtout la création. Les couleurs, les textures, les contrastes, les associations inattendues. Et cela change beaucoup de l’approche parfois très rigide du “healthy” que l’on voit ailleurs.
Anita ne cherche jamais à culpabiliser. Elle reconnaît elle-même aimer aussi la cuisine française traditionnelle et raconte avec humour que son mari reste très attaché à des repas beaucoup plus classiques. Ouste au dogme wellness et autres injonctions à la perfection !
L’importance du détail… et du packaging
Anita adore les belles identités visuelles : les jolies marques et les packagings bien pensés. Dans son coffee shop, elle sélectionne ainsi plusieurs produits français indépendants qu’elle affectionne particulièrement, comme les mocktails et cocktails Cocktailito imaginés à Concarneau ou encore les boissons chaudes Cherico revisitant la chicorée dans un univers graphique très rétro et coloré.
Quand elle parle de ces produits, on sent immédiatement l’ancienne professionnelle du marketing et de la relation client. “Je suis une enfant de la pub”, reconnaît-elle en riant. Mais là encore, son approche dépasse largement l’esthétique. Ce qu’elle aime avant tout, ce sont les projets portés par des gens sincères, passionnés, qui essaient de construire quelque chose avec du sens. Probablement parce qu’elle se reconnaît elle-même dans cette démarche.
♥ Enso Bien-Être – Accompagnement thérapeutique, coffee shop healthy et expériences collectives autour du mieux-être
32, rue de l’église, à Plougastel-Daoulas
www.ensobienetre.fr
ensobienetre@orange.fr | 06 24 24 79 16
Facebook | Instagram