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Pays de Landerneau-Daoulas

Sortie mycologique à Hanvec : une immersion guidée au cœur du règne fongique

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Comprendre le rôle du mycélium : la forêt vue autrement

Dans mon groupe d’amis, les sorties guidées par Edouard Bal, sont des cadeaux que l’on s’offre régulièrement : Tom a testé la sortie algues, Emma celle aux oiseaux, etc. Alors quand Olfa m’a offert une sortie champignons pour mon anniversaire, j’ai joué la surprise, puis j’ai ri de bon cœur : enfin je l’avais ma sortie nature avec le Cueilleur d’Estran. Le rendez-vous était fixé un dimanche d’automne à 8h30 du matin à la Maison de la Rivière à Sizun. La matinée s’est révélée être bien plus qu’une simple promenade. Avec Tom et Olfa, et une quinzaine d’autres participants, on a pu découvrir l’univers fascinant et infini du règne fongique, du moins de ce qu’on en connaît !

Avant de partir en forêt, la séance-découverte débute par un temps théorique. L’objectif n’est pas de mémoriser des listes d’espèces, mais de comprendre les bases indispensables à toute cueillette responsable. Le champignon que l’on aperçoit n’est qu’un sporophore, la partie émergée d’un organisme bien plus vaste : le mycélium, réseau souterrain qui dialogue avec les racines, redistribue les nutriments et connecte les arbres entre eux. Cette idée, désormais bien documentée, introduit une dimension écologique essentielle.

Rencontre avec Édouard Bal : apprendre sans se perdre dans le jargon

C’est Édouard Bal, formé à l’ethnobotanique (étude des relations entre l’Homme et les plantes), qui assure la présentation. Il réussit à vulgariser le propos tout en gardant rigueur scientifique. Il s’agit là d’une véritable gageure car le vocabulaire mycologique est compliqué pour les néophytes et aurait pu nous rebuter très vite. Mais avec Olfa et Tom, ça nous a plutôt amusé et on ressort de l’exposé prêt·es à briller en société, ou du moins en repas de famille.

Présentation sur les champignons

Pourquoi un guide est indispensable lors d’une cueillette

Ce que l’on a bien compris, c’est que désormais comprendre des phrases comme « Attention, cette russule présente une saveur acre et une cassure nette du pied, typique du genre. » ou encore « L’hyménium est plissé, non lamellé, ce qui exclut les agaricales classiques. », ne nous dispense absolument pas d’avoir un guide de mycologie actuelle (la date de parution est importante, car certains champignons classés comestibles dans les années 70, ne le sont plus aujourd’hui) avec photos ET illustrations. Une photo d’un champignon ne sera jamais suffisante pour représenter tous les individus possibles de cette même espèce.

Champignons comestibles, toxiques et mortels : comprendre l’enjeu

On estime qu’il existe entre 10 et 12 millions d’espèces de champignons dans le monde (incluant les levures, moisissures, et autres lichens), mais seulement 1 à 2 millions ont été identifiés et décrits scientifiquement. En France, on compte environ 15 000 espèces, dont 400 comestibles, 450 toxiques et 35 mortelles. Toutes les autres sont considérées comme non comestibles par précaution, faute de connaissances suffisantes.

Chaque année, on déplore 5 à 6 décès liés à l’ingestion de champignons, principalement dus à l’amanite phalloïde, l’une des espèces les plus toxiques. La consommation d’autres champignons dangereux provoque le plus souvent des troubles gastro-intestinaux plus ou moins sévères.

Il est également déconseillé de consommer des champignons en grande quantité, même lorsqu’ils sont comestibles (y compris les champignons de Paris), notamment s’ils sont consommés quotidiennement ou lorsqu’ils sont trop âgés. Les recommandations suggèrent de ne pas dépasser environ 20 grammes par personne. Comme disait l’alchimiste Paracelse : « Tout est poison, rien n’est poison : c’est la dose qui fait le poison. » En cas de doute ou d’ingestion suspecte, contacter le Centre Antipoison de Rennes : 02 41 48 21 21.

Sur le terrain : une observation attentive plutôt qu’une quête

C’est avec toutes ces précautions en tête que l’on prend la route pour la Forêt du Cranou à Hanvec. Tom, Olfa et moi ne sommes plus aussi motivé·es pour nous faire une grosse ventrée de champignons à midi. Par contre, nous balader en forêt, observer la nature, repérer les champignons, boire les paroles d’Edouard Bal et Jacques Mazé, qui vient de nous rejoindre : ça nous convient.

Rencontre avec la Société Mycologique du Finistère

Jacques Mazé est le Président de la Société mycologique du Finistère. Il consacre depuis des décennies son temps libre à l’étude, au recensement et au partage des connaissances autour des champignons. Autant dire qu’il en connaît un rayon sur les champignons, et ce depuis l’âge de 12 ans quand il a commencé à s’intéresser aux amanites, bolets et autres coprins chevelus. Jacques explique d’abord l’importance de la mycologie associative pour former, informer, prévenir les erreurs parfois dramatiques liées aux intoxications.

Apprendre à observer plutôt que remplir un panier

Puis enfin, on nous donne le feu vert pour partir à l’aventure mycologique, muni·es de nos opinels, loupes de bijoutier, paniers en osier et surtout un guide d’identification. On passe une bonne demi-heure à fureter dans les sous-bois humides, entre les hêtres et les chênes qui perdent leurs feuilles rougies par l’automne. On repère quelques colonies de champignons de différentes espèces. On en extrait quelques échantillons à la pointe du couteau. La couleur de certains individus est incroyable, tirant sur le bleu-violet, presque surnaturel.

Le temps de l’échange est arrivé. Le groupe s’agglutine autour des deux guides. On a hâte de montrer nos plus beaux spécimens aux autres participant·es. On passe en revue les trouvailles. On apprend à observer avec méthode, en commençant par la silhouette générale. La forme d’un chapeau, l’aspect des lames, l’attache du pied, les odeurs parfois singulières, la couleur de la chair à la coupe : chaque détail compte.

Exploration dans les bois

La prudence, règle maîtresse de la cueillette

On apprend à identifier les espèces comestibles, à écarter les toxiques, et on comprend que la prudence demeure la règle maîtresse. Une consigne revient régulièrement : en cas de doute, on ne cueille pas. On réalise aussi qu’un guide est indispensable. À défaut d’avoir Edouard ou Jacques sous la main, un bon manuel papier devient notre meilleur allié. Et au final, on comprend que l’identification certaine d’un champignon passe souvent par la microscopie ou l’analyse en laboratoire. En clair : la prudence reste la clé. Et la phrase de Jacques pour conclure : « Tous les champignons sont comestibles… certains une seule fois. »

Voir la forêt autrement

La forêt nous est apparue sous un jour nouveau : non plus un décor, mais un milieu vivant, structuré, complexe. La seule chose que je sais, c’est que je ne sais pas. Je ne suis pas sûre de me faire confiance pour la cueillette de champignons. Au moins, je ne mourrais pas d’intoxication. Et je me méfierais si Olfa et Tom m’invitent à manger « une bonne fricassée ». Merci à eux en tous cas pour ce cadeau d’anniversaire, c’est une expérience que je n’oublierai pas de si tôt.

♥ Edouard Bal | Landerneau – Plouescat – Roscoff – Monts d’Arrée | Cueilleur d’Estran | Email : contact@cueilleurdestran.com

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