Une marche improvisée entre motivation sauvage et esprit d’aventure
Autant parfois, je suis en mode contemplatif, respirant profondément au rythme de la vie, autant cet après-midi, je suis surmotivée pour soulever des montagnes, braver les éléments, faire le tour du monde par les sentiers de traverse… « Bear Grylls, sors de ce corps ! ».
Du coup, j’abandonne ma Twingo place du Valy à Daoulas. J’enfile mon k-way, mes chaussures de sport. L’appareil photo dans une main, le sac poubelle dans l’autre (Vive la marche écolo !). Objectif : Rentrer chez moi à pied.
Choisir un itinéraire sécurisé entre Daoulas, Irvillac et Saint-Urbain
Alors, je ne suis pas totalement inconsciente, je ne vais pas emprunter la D770, plus directe pour se rendre à Saint-Urbain, mais aussi plus périlleuse. Voitures + vitesse + virages. Même le téméraire Bear Grylls ne s’y aventurerait pas.
Si mon plan est exact, je devrais arriver à la maison en un seul morceau en passant par les terres d’Irvillac, puis en bifurquant au nord via l’ancienne voie romaine.

Premiers kilomètres : dénivelé, effort et vues à couper le souffle
En fait, ce sont les premiers hectomètres d’une rando les plus difficiles, le temps d’ajuster son rythme cardiaque à sa cadence de marche, de fuseler son profil aux vents contraires.
Et puis, j’ai réalisé chemin faisant qu’une carte sans topographie est une carte bien farceuse, omettant d’indiquer ci et là les hauts et les bas de la vie terrienne. Par contre, qui dit looongue montée dit looongue et superbe vue.

Paysages de la baie de Daoulas et pollution invisible en rase campagne

Je prends des photos de la baie de Daoulas, des paysages vallonnés et verdoyants, des agriculteurs au labour, du manoir de Clécunan. Je respire le bon air pur et vivifiant.
Insouciante et heureuse, je bats la campagne, je papillonne d’un bord à l’autre du chemin pour ramasser les bouteilles d’eau vides qui polluent les fossés… C’est dingue quand même. Comment peut-il y avoir autant de déchets plastiques en rase campagne, sur une route aussi peu fréquentée ? Je ne comprends pas.

A un moment, j’aperçois Saint-Urbain au (trrrrès) loin. Je note ma progression sur la carte. « Je ne suis QUE là genre !! », m’écriais-je. J’ai beau avoir de grandes jambes, il va falloir que je presse le pas si je veux être à la maison avant la tombée de la nuit.
Mon sac poubelle est déjà plein à craquer de toute façon, j’arrête donc de zigzaguer et je trace la route.
Objectif : ne pas louper le croisement vers la voie romaine, au lieu-dit Le Goas, sous peine de me retrouver à Tréflévenez.

Marche écolo et réflexion sur la pollution plastique des rivières
Je ne sais pas si c’est dû à la libération d’endorphines provoquée par une activité physique prolongée et de plein air, mais mon cerveau tourne à plein régime et j’ai une fulgurance par rapport à cette affreuse pollution plastique des douves d’Irvillac.
Des affluents de la Mignonne (la rivière, pas la bière de Saint-Urbain…) traverse en deux endroits la route de Clécunan. Il s’avère que cette portion de route borde justement une zone protégée pour le captage d’eau potable.
Mon hypothèse soudaine est la suivante : des autochtones ou des initiés viennent là remplir leurs bouteilles d’eau, certaines y sont perdues, oubliées (= non ramassées) et lorsque le niveau de la rivière s’élève, les déchets plastiques se retrouvent piégés dans les haies et les taillis. Qu’en pensez-vous ? Elles ont bon mes endorphines ?!

Solitude, imagination et vigilance sur les chemins isolés
Bref, après moultes réflexions, j’arrive à la jonction (à mi-chemin) tant attendue entre l’entrée du bourg d’Irvillac, la voie romaine vers Saint-Urbain et la D47, toute aussi dangereuse que la D770. J’ai alors une autre fulgurance : Pourquoi ne pas avoir terrassé la D47 sur le chemin vicinal, plus direct pour aller à Saint-Urbain ?
Mais celle-ci est bien vite balayée par des scenarii plus effrayants les uns que les autres que seules les femmes qui se promènent en milieu inconnu et isolé (c’est-à-dire – a priori – hostile) peuvent imaginer.

Tout y passe : les oiseaux d’Hitchcock (Coucou les étourneaux, vous êtes combien là ?), massacre à la tronçonneuse avec pour seul témoin une vache peu loquace.
C’est à ce moment-là que je décide d’envoyer un SMS à mon conjoint pour le prévenir. Juste au cas où…

La grosse parano quoi. Pas merci les endorphines !
Enfin je traverse un pont en pierre qui enjambe la Mignonne, ce qui veut dire que je passe sur les terres de Saint-Urbain et que donc le goûter est proche.
Je meurs de faim et non plus de peur. Je commence également à fatiguer de tant d’aventures.
Retour à Saint-Urbain : fatigue, fierté et symboles du territoire
Enfin je traverse un pont en pierre qui enjambe la Mignonne. Je passe sur les terres de Saint-Urbain. Le goûter est proche.
Il m’aura donc fallu 11,835 pas (merci fidèle podomètre) depuis le parking du Valy jusqu’à mon canapé. Transformés en temps, cela fait un peu moins de 2 heures.

Alors que je visionne les photos prises dans l’après-midi, tout en me délectant d’un pain au chocolat provenant de la seule boulangerie de Daoulas et d’un rooibos vert cocktail de fruits de l’épicerie fine daoulasienne Histoire de Goûts (mon fournisseur officiel de rooibos) – j’aime bien être précise quand je décris mon goûter – je reste pensive devant le cliché de la croix celtique érigée en l’honneur de quatre des membres de la Famille de Boisanger morts pour la France au siècle passé.

Je repense à ma seconde fulgurance de la journée : Pourquoi ne pas avoir terrassé la D47 sur la voie romaine, plus direct pour relier Irvillac à Saint-Urbain ? Ma dernière hypothèse endorphinique : Pour contourner les terres de la famille de Boisanger en passant plus à l’Est ? Pour éviter qu’une route trop fréquentée ne passe devant leur joli manoir de Kerdaoulas ? Les spéculations sont ouvertes !