Que deviennent les objets que nous déposons en recyclerie ? Avant de retrouver une place dans les rayons, ils passent entre les mains de salarié·es et de bénévoles qui les trient, les testent, les réparent et les valorisent. J’ai poussé les portes des coulisses de la Recyclerie Ribine au Tréhou, pour découvrir le quotidien de celles et ceux qui font vivre ce lieu devenu incontournable du Pays de Daoulas.
Derrière la boutique, une autre histoire commence
Quand on pousse la porte de la Recyclerie Ribine, on découvre d’abord une grande boutique bien achalandée où meubles, livres, vêtements, vaisselle ou jouets attendent de commencer une nouvelle vie. Mais ce que nous voyons là n’est que la partie émergée de l’iceberg.
J’ai eu la chance de passer de l’autre côté du décor, là où le public ne s’aventure généralement pas. Guidée par Lise et Lisa, salariées de la recyclerie, j’ai découvert une organisation où chaque objet suit un parcours minutieux avant de retrouver une place dans les rayons. Derrière les étagères bien rangées se cache une ruche humaine où salarié·es, bénévoles et partenaires s’activent pour donner une seconde chance aux objets… mais aussi pour tisser des liens entre les gens.
Une aventure portée par cinq salarié·es et plus de cinquante bénévoles
La visite commence par une présentation de l’équipe. Cinq salarié·es assurent le fonctionnement quotidien de la recyclerie, épaulés par plus d’une cinquantaine de bénévoles. Un chiffre qui en dit long sur la dynamique du lieu.
Cette mobilisation collective constitue le moteur de l’association. Les bénévoles interviennent dans tous les univers : livres, vaisselle, textile, mobilier, jeux, électroménager, luminaires, mercerie ou encore vélos, mais aussi organisation d’ateliers et d’événements, communication, encaissement, aménagement des rayonnages, etc. Chacun·e choisit les missions qui correspondent à ses envies, à ses compétences ou simplement au plaisir qu’il ou elle prend à participer.
Cette souplesse fait partie de l’ADN de Ribine. Ici, il n’y a pas de planning imposé ni de hiérarchie pesante. Les nouveaux bénévoles sont accompagné·es lors de leurs premières venues, puis chacun·e devient progressivement autonome et vient selon ses disponibilités. Pour sa pérennité, l’association s’assure également que personne ne devient irremplaçable.

Les dons : un accueil qui demande autant de tact que d’expertise
Avant qu’un objet n’apparaisse en boutique, il passe entre de nombreuses mains. Chaque jour, des habitant·es franchissent les portes de la recyclerie pour déposer ce dont ils ou elles souhaitent se séparer. Mais accepter un don ne consiste pas simplement à dire oui ou non. « Il y a toujours une histoire derrière les objets », explique une bénévole. Beaucoup de donateurs·trices arrivent avec des meubles, des livres ou de la vaisselle auxquels ils ou elles sont attaché·es. Refuser un objet parce qu’il est trop abîmé, incomplet ou impossible à valoriser demande autant de diplomatie que de discernement.
Les bénévoles réalisent un premier tri en présence des donateurs·trices. L’objectif est de ne conserver que les objets qui pourront réellement trouver une nouvelle vie. Les encyclopédies devenues invendables, les appareils hors service, les objets cassés ou certains textiles trop usés ne sont pas acceptés. L’objectif de la recyclerie est d’éviter de transporter inutilement des déchets qui finiront de toute façon en déchèterie.
Trois portes d’entrée pour alimenter la recyclerie
Les dons arrivent par trois circuits complémentaires. Le premier est le dépôt directement à la recyclerie, où les habitant·es apportent leurs objets.
Le deuxième passe par le local de réemploi installé à la déchèterie de Daoulas. Les usagers qui venaient initialement jeter certains objets peuvent les déposer dans cet espace dédié. Chaque semaine, l’équipe de Ribine récupère le contenu du local, effectue un premier tri sur place afin d’éviter des transports inutiles, puis ramène les objets valorisables.
Enfin, certaines collectes sont organisées directement chez les particuliers. Là encore, rien n’est improvisé. Les personnes envoient au préalable des photographies des objets afin que l’équipe puisse évaluer l’intérêt du déplacement. « Nous essayons de ne récupérer que ce que nous pourrons réellement remettre en circulation », explique Lise. « Sinon, cela signifie transporter, stocker puis emmener nous-mêmes ces objets à la déchèterie. »
Tester, réparer, estimer… rien n’est laissé au hasard
Chaque jour, des dizaines d’objets arrivent donc en recyclerie. « Nous faisons un premier tri dès leur arrivée », explique Lise. « Ensuite, les bénévoles prennent le relais dans les différents univers. » Chaque catégorie possède son propre espace de travail. L’objectif n’est pas de stocker, mais de remettre rapidement les objets en circulation.
Une cafetière est branchée pour vérifier qu’elle fonctionne. Une lampe est testée avant d’être étiquetée. Un jeu de société est ouvert pour s’assurer qu’aucune pièce ne manque. Les vélos sont inspectés, puis confiés à un partenaire brestois Roul’Âge lorsque des réparations sont nécessaires. Même la vaisselle est examinée avec attention afin de repérer les pièces signées ou issues de manufactures recherchées, qui rejoindront l’espace brocante. Ce travail demande de la patience, mais aussi de véritables compétences.
« Beaucoup de choses, on les apprend ici », sourit Lisa. « Au début, je ne savais pas reconnaître une pièce de vaisselle de valeur ou un luminaire intéressant. Aujourd’hui, j’ai appris à observer les détails. » Cette transmission des savoir-faire fait partie intégrante de la vie de la recyclerie. Les bénévoles les plus expérimenté·es accompagnent les nouveaux venu·es, chacun·e partageant ses connaissances au fil des arrivages.

Le défi du textile : faire face à la surconsommation
S’il est un rayon qui illustre les dérives de notre société de consommation, c’est bien celui du textile. Chaque semaine, des centaines de vêtements arrivent à Ribine. Malgré un tri réalisé dès le dépôt, les équipes se retrouvent confrontées à une quantité impressionnante de vêtements parfois usés, démodés ou de qualité insuffisante. « Nous sommes aux premières loges de la surproduction textile », constate Lise.
Dans les réserves, les portants débordent. Chaque vêtement est contrôlé, trié, mis en rayon puis exposé pendant quatre semaines. Les pièces qui ne trouvent pas preneur·euse bénéficient ensuite d’une dernière chance grâce à une opération de déstockage avant de quitter définitivement la boutique. Malgré tous ces efforts, plusieurs dizaines de sacs de textiles doivent encore être évacués chaque semaine. Un constat qui interroge autant qu’il alerte.
Bien plus qu’une recyclerie : un lieu où se tissent des liens
Les bénévoles se croisent autour d’un café, échangent des conseils devant une caisse de vaisselle, débattent de l’organisation d’un rayon ou prennent simplement le temps de discuter dans les espaces communs. Derrière les réserves, une cuisine, un salon convivial, une salle de réunion et un grand tableau d’affichage témoignent de l’ambition de faire de Ribine un véritable lieu de rencontres. « On essaie de fonctionner sans hiérarchie », explique Lise.
Une philosophie qui se traduit concrètement au quotidien. Les groupes de travail réunissent salarié·es et bénévoles autour de sujets aussi variés que la boutique, les ressources humaines, le budget, le réemploi ou encore les animations. Les comptes rendus sont affichés afin que chacun·e puisse suivre les décisions et, si il ou elle le souhaite, participer aux réflexions. La transparence n’est pas un simple principe affiché. Elle fait partie du fonctionnement de l’association.
Un agenda qui fait vivre la recyclerie toute l’année
Cette envie de créer du lien dépasse largement les murs de la boutique. Depuis 2022, Ribine est labellisée Espace de Vie Sociale (EVS) par la Caf du Finistère. Il s’agit d’une reconnaissance qui traduit son rôle d’animation auprès des habitant·es du Pays de Daoulas. Le calendrier est ponctué de rendez-vous ouverts à toutes et tous : Repair Cafés pour apprendre à réparer un objet du quotidien, ateliers vélo participatifs, cafés couture, ateliers créatifs, conférences, ciné-débats, concerts ou encore spectacles. Les bénévoles sont au cœur de cette programmation et n’hésitent pas à partager leurs compétences, qu’il s’agisse de bricolage, de couture, de jardinage ou de cuisine.
Certaines animations sont devenues des rendez-vous attendus. En décembre, La Journée Très Hotte transforme la recyclerie en un véritable marché de Noël du réemploi. Les visiteurs·euses y trouvent des idées de cadeaux de seconde main, des créations artisanales et des animations festives, démontrant qu’il est possible de célébrer les fêtes en privilégiant une consommation plus responsable.

Rien ne se perd, tout se partage
La logique de réemploi s’étend bien au-delà des objets vendus en boutique. Ribine met également à disposition de ses adhérent·es un service de prêt de matériel à prix libre : vaisselle, matériel de cuisine collective, guirlandes lumineuses, sono ou encore équipements pour les fêtes associatives et familiales. Une solution pratique qui évite d’acheter du matériel destiné à ne servir qu’une ou deux fois.
L’association travaille également avec de nombreux partenaires du réemploi et du recyclage, soutient des associations locales grâce au prêt de matériel ou à la mise à disposition de ses espaces, et participe à plusieurs réseaux régionaux et nationaux de l’économie sociale et solidaire. Elle est également référencée sur CartEco, l’annuaire national des structures de l’ESS engagées dans la transition écologique, et fait partie du réseau Guid’Asso, qui oriente les citoyen·nes vers les interlocuteurs·trices adapté·es à leurs projets associatifs.
Si vous souhaitez découvrir la recyclerie, ne vous contentez pas de pousser la porte de la boutique. Prenez aussi le temps de consulter son Open Agenda, particulièrement riche et régulièrement mis à jour. Il s’y passe presque toujours quelque chose.
Et avec un peu de chance, votre visite sera ponctuée par la rencontre avec le fameux Restachou, le chat-mascotte qui aime déambuler dans la recyclerie. S’il est d’humeur sociable, il viendra peut-être chercher quelques caresses avant de reprendre tranquillement sa tournée entre les rayons.
♥ Recyclerie Ribine
1, zone de Runveguen, au Tréhou
asso.ribine@gmail.com | Facebook | Instagram
🛍️ Boutique solidaire de seconde main
♻️ Dépôt d’objets et espace de réemploi
🚲 Vélos, mobilier, vêtements, livres, vaisselle, déco…
☕ Espace de vie sociale, ateliers et animations toute l’année
💚 Une adresse incontournable pour consommer autrement dans le Pays de Daoulas
🌐 la-recyclerie-pays-daoulas.infini.fr
📅 Boutique : mercredi 14 h – 18 h | samedi 10 h – 18 h
📦 Dépôt des dons : mardi, mercredi et samedi